Mise à Niveau

Interview M. Néjib Karafi, directeur général du Cettex

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« Accompagner le secteur dans la montée en gamme qui s’impose »

le Démarrage de l’ Ecole des Métiers en décembre 2009

Le démantèlement des Accords,Multi-Fibres (AMF) a constitué un tournant pour les entreprises du Textile-Habillement. Qu’est-ce qui a changé au niveau de votre approche et des prestations que vous offrez aux professionnels ?

Le secteur voit se succéder mutations et évolutions diverses que nous devons suivre avec la plus grande attention. Bien avant la suppression des AMF,  Le Cettex  a mené  une action d’information et de sensibilisation pour  abandonner les créneaux devenus sensibles ou risqués. Et nous avons coordonné avec les autres départements des actions veillant à accompagner le secteur dans la montée en gamme qui s’impose et qu’exige la fin des AMF. C’est ainsi que la formation professionnelle a introduit l’approche par compétence. 8 centres sectoriels ont vu le jour, répartis sur les différentes régions de textile du pays. Même redéploiement au niveau de l’université, avec un renforcement des établissements existants : les ISET et l’ENIM (Monastir), et création de L’Institut supérieur des métiers de la mode. De même qu’ont été prévues 15 bourses à l’étranger pour former des ingénieurs en Textile, afin de préserver les ponts avec l’extérieur. Citons, également, les encouragements dont ont bénéficié des écoles privées de formation. Faut-il rappeler, ici, que la moitié des fonds de l’innovation et du coaching, par exemple, vont au textile.

Toute cette préparation et tous ces fondamentaux ont fait que le choc de 2005 a été bien amorti et maîtrisé..

C’est à cette époque que l’on a commencé à opter pour une migration vers la cotraitance et le produit fini ?

L’option en faveur de la cotraitance et du produit fini est une évolution naturelle pour un secteur textile-habillement mature comme le nôtre. Mais il s’agit habituellement d’une migration optionnelle et étalée dans le temps. Le démantèlement des accords multifibres a bousculé cette évolution pour en faire un impératif vital.

Or, le passage de la sous-traitance à la cotraitance et au produit fini correspond à un autre type de demande de la part des clients de nos entreprises de textile qui nécessite de nouvelles compétences , un nouveau mode d’organisation et d’autres moyens financiers.

La logistique, la création, le sourcing, les services… sont autant d’exigences nouvelles, qui viennent s’ajouter à la production proprement dite. La confection ne suffit plus, d’autres tâches en amont et en aval s’imposent, dont  la promotion commerciale et la prospection des marchés.

La pression de la crise économique a-t-elle contrarié cet ambitieux programme ?

Le Textile-Habillement, comme tous les autres secteurs, a été affecté par cette crise. La demande a baissé et il y a une forte pression sur les prix, et la concurrence sur nos marchés classiques n’a fait que s’exacerber.

Ce qui touche le plus le secteur, c’est l’opacité des perspectives. Jusqu’à présent, le secteur arrive à bien résister, mais on ne sait pas jusqu’à quand va durer la crise. L’initiative s’en trouve freinée .

On est à -15% par rapport à 2008. Mais il faut dire que 2007 et 2008 sont des années exceptionnelles ayant enregistré une croissance à 2 chiffres. Maintenant, si l’on se contentait de se comparer à 2006, on pourrait dire que le secteur s’en sort.

En fait, ce qui nous laisse confiants, c’est cette formidable réactivité des entreprises. C’est en 2009 que l’on a enregistré la meilleure présence dans les salons professionnels internationaux spécialisés. Les chefs d’entreprise ont adopté une stratégie agressive tout à fait rassurante. Ils s’investissent et investissent. C’est une marque d’assurance et de confiance en l’avenir synonyme de professionnalisme et de maturité.

Et au sortir de la crise ?

Ce qui est en train de s’opérer en Tunisie, est très encourageant quant aux perspectives de sortie de crise. Il y a beaucoup d’investissement en amont de la filière, c’est-à-dire au niveau du tissage et du finissage. Et, en même temps, on se montre très à l’écoute des progrès technologiques et des innovations. On aligne déjà plus de 500 entreprises équipées en station CAO-DAO.

Un autre phénomène attire l’attention : la crainte de la saturation sur le littoral est relayée par une relocalisation des activités du secteur vers les régions de l’axe médian du pays (Kasserine, Zaghouan, Kairouan, Gafsa, Kef, Siliana). Ce sont  des gisements nouveaux  de productivité tirant bénéfice des avantages fiscaux liés à la décentralisation, des encouragements de l’Etat, de loyers plus modiques…, d’où des coûts de fabrication plus compétitifs.

Quels sont vos chevaux de bataille actuellement et pour booster la reprise ?

On est en train d’achever l’étude stratégique du secteur pour 2010-2012, qui débouchera sur un plan d’action concret. Et l’on vient de terminer une étude sur la branche finissage du tissu.

Grâce à la coopération française, et en partenariat avec l’école de mode Mode Spé Paris, le mois de décembre verra le démarrage de notre Ecole des Métiers, qui interviendra dans le cadre de la formation continue dispensée aux jeunes cadres des entreprises pour les former dans des spécialités pointues très recherchées par les entreprises, imposées par la nécessité de monter en gamme : formation de chefs de produit, de stylistes industriels et de modélistes industriels. Cette Ecole des Métiers dispensera des parcours modulaires qualifiants.

Nous travaillons actuellement sur la conception du Centre des Ressources Technologiques (CRT), qui sera logé au Pôle de Compétitivité de Monastir. Nous ambitionnons d’en faire une véritable vitrine technologique appelée à répondre aux besoins actuels et futurs des entreprises. On songe ainsi au laboratoires écologiques, aux essais en vue de permettre la production des colorants «bio» utilisés notamment pour confectionner les bio-jeans, aux nouvelles fibres (alpha, bambou,…) aux tests de non nocivité (conformes aux directives européennes)…

Enfin, nous travaillons sur un label tunisien de respect des règles sociales et environnementales. Le respect des normes en la matière est un acquis que le site Tunisie se doit de valoriser.

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