Le plan solaire tunisien a fait objet, dernièrement, d’un séminaire organisé à l’initiative de l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME) et de la Société tunisienne d’électricité et de gaz (Steg).
D’éminents spécialistes tunisiens et étrangers, opérants dans le secteur de l’énergie renouvelables, ont pris part à ce rendez-vous, exposant leurs expériences et savoir-faire à travers des communications et des interventions diversifiées.
Au titre de la première session, M. Philippe LOREC, conseiller dans le secteur énergétique en France, a souligné que le Plan solaire méditerranéen, qui a entré dans sa phase opérationnel, permettra d’établir une nouvelle ère de coopération entre les pays du méditerranée dans le secteur énergétique. Il a, par la suite, noté que ce plan vise à produire d’ici 2020, 20 Gw d’électricité, à assurer la rentabilité des projets énergétiques, à maîtriser la demande de l’énergie dans toute la région et à promouvoir une industrie innovante.
M. Philippe LOREC a indiqué que l’adhésion de la Tunisie à ce processus est la preuve de son engagement résolue à la lutte contre les changements climatiques et à l’édification d’une nouvelle culture de rationalisation de l’énergie.
Quant à M. Mouldi Miled, responsable à la fondation DESERTEC, il s’est intéressé aux spécificités de ladite fondation, en précisant que le concept DESERTEC est employé pour désigner l’utilisation des déserts afin de fournir l’énergie et l’eau en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord en préservant le climat. Et d’ajouter que « le DESERTEC propose une solution intégrée pour toute une série de problèmes cruciaux mondiaux pour les prochaines décennies à venir, en l’occurrence de la pénurie d’énergie et d’eau, des carences en production de produits alimentaires, du changement climatique… ».
Se penchant sur la politique nationale en matière de promotion des énergies renouvelables, le responsable a fait savoir que la Tunisie jouit d’un cadre juridique propice, d’une plateforme politique appropriée, d’une maîtrise des technologies de pointe, d’une adhésion populaire… C’est ainsi qu’on prévoit organiser, au cours du mois d’avril 2010, une conférence visant faire connaître le concept et susciter l’intérêt au niveau politique, scientifique et économique sur le DESERTEC.
« Cette manifestation, qui sera meublée par une conférence plénière et des ateliers, permettra de mettre l’accent sur l’impératif de la création d’un cadre juridique approprié, de la promotion de l’enseignement et de la recherche et de l’adhésion de notre pays à ce processus du développement durable », mentionne-t-il.
Dans le cadre de la deuxième session, M. Othman Ben Arfa, directeur général de la Steg, a mentionné que la demande d’électricité continuera à connaître une croissance soutenue, au cours de la période 2010-2016, de l’ordre de 5,5 %.
« Du coup, ajoute-t-il, le Programme d’équipement en moyens de production évoluera en conséquence pour garantir la couverture de la pointe du réseau national et assurer la réserve nécessaire par l’ajout de 1342 MW supplémentaires entre 2010 et 2016 ». Pour ce faire, on devra recourir aux énergies renouvelables, à savoir l’énergie éolienne et solaire, et également l’énergie photovoltaïque.
Dans ce contexte, le responsable a noté qu’on s’attend à mettre en place, à l’horizon 2016, deux centrales photovoltaïques, dotées chacune d’une capacité globale de 10Mw, et à lancer, incessamment, un projet pilote visant à inciter l’autoproduction de l’électricité par le secteur résidentiel.
En termes d’actions d’accompagnement, il a mis le point sur Création de STEG Energies Renouvelables, et l’élaboration de deux études stratégiques portant respectivement sur la production électrique solaire et éolienne et le Mix énergétique, à l’horizon 2030.
S’intéressant au projet Elmed, M. Ameur Bchir, responsable à la STEG, a indiqué que ce projet d’interconnexion Tunisie Italie s’insère dans le cadre du renforcement de la coopération énergétique entre les deux pays.
Se basant sur la technologie HVDC (400 kV continu) et se dotant d’une capacité de transit de 1000 MW dont 200 MW pour le renouvelable, cette interconnexion en câble sous marin est d’une longueur approximative de 200 km. Le projet comporte, en outre, un pôle de production électrique thermique de 1 200 MW (400 MW pour la STEG, 800 MW pour le marché italien), et on prévoit produire au moins 100 MW à partir des énergies renouvelables.
Par ailleurs, il a mentionné que la Steg et la société italienne TERNA ont fondé, en avril 2009, une société mixte (ELMED Etudes sarl), dont les prérogatives consistent à assister le ministère dans les différentes phases d’adjudication de l’appel d’offres pour la réalisation du Pôle de Production ELMED et à réaliser les études préliminaires et le business plan pour la réalisation de l’interconnexion Tunisie – Italie.
Pour sa part, M. Mohieddine Mejri, directeur du Projet énergies renouvelables et efficacité énergétique au sein de la Steg, qui a mis l’accent sur le projet pilote des toits solaires, a précisé que ce programme, inscrit dans le cadre de l’effort déployé pour développer les applications solaires en Tunisie, et notamment le photovoltaïque, permettra de renforcer la maîtrise de ces technologies propres et de valoriser le potentiel solaire national. Et d’ajouter que « Deux principales phases caractériseront la mise en œuvre de ce programme, qui favorisera l’installation d’une capacité globale de l’ordre de 15Mw, via l’intégration de ce système photovoltaïque sur un total de 6000 logements résidentiels et 600 bâtiments publics ».
S’étalant sur la période 2010-2011, la première phase sera marquée par l’installation de 5Mw, alors que la deuxième (2012-2014) se distinguera par la mise en œuvre de 10Mw.
Se penchant sur la première phase de réalisation, dont la démarche se cristallisera sur l’association des secteurs publics et privé, et la mise en place d’un ensemble de projets pilotes-test mécanismes- grande échelle, elle sera pilotée conjointement par la Steg et par un opérateur privé. Quant à l’ANME, elle veillera à assurer la qualité des prestations des entreprises d’installation.
Sur un autre registre, il a signalé que la mise en place d’un toit solaire nécessitera un investissement concluant, qui sera assuré via une subvention, à la hauteur de 30%, présentée par le Fonds national de la maîtrise de l’énergie (FNME), une participation en nature de la Steg et une participation initiale du client de l’ordre de 10% du coût d’investissement. Le reste du montant sera assuré par un crédit, plafonné à 3000 D/kw, d’une durée de 5 ans remboursable sur la facture Steg.
S’intéressant au projet ‘Soleil de Nefta’, l’un des projets conçus dans le cadre du PST, M. Hassen Zargouni, chef projet au sein de la société Sigma Conseil, a fait savoir que ce projet consiste en « la création d’une ville électrifiée aux énergies renouvelables qui sera d’une importance internationale, nationale, régionale et locale et qui aidera à placer la Tunisie au centre de l’effort mondial pour créer une économie sans gaz à effet de serre ».
C’est ainsi que ce projet sera en mesure de redonner vie à l’oasis en utilisant de l’énergie renouvelable, de créer une dynamique industrielle, académique et de services dans la zone par l’impulsion du solaire, de développer le tourisme écologique dans la région, et d’asseoir la culture environnementale dans la région.
Volet coopération, M. Hansjoerg Müller, représentant de la coopération technique allemande (GTZ), a mentionné que le secteur énergétique figure parmi les axes prioritaires de la GTZ. Cette dernière s’atèle, dans ce contexte, au renforcement des capacités et la création des conditions cadres favorables, à l’introduction de technologies innovantes des énergies renouvelables et à l’amélioration de l’efficacité énergétique.
En ce qui touche au renforcement des capacités, le représentant a noté que la GTZ veille à assurer l’assistance technique à l’ANME dans les domaines de gestion de projets, de système d’information et de communication, de renforcement des services régionaux, d’introduction du système de qualité ISO 9001 et de préparation des études. « Elle tient également à présenter l’appui nécessaire à la réalisation du plan d’action de la Chambre Syndicale Nationale des E. R. et se charge de la formation des cadres du CTMCCV dans le domaine des tests des matières d’isolation et des systèmes solaires », ajoute-t-il.
Coté promotion de l’efficacité énergétique, M. Hansjoerg Müller a relevé que la coopération s’atèle à dispenser des cycles de formation au profit des industriels en matière de l’application de la cogénération, des auditeurs énergétiques et des experts énergies relatifs à l’industrie et l’administration (avec l’AHK Tunis), et des conducteurs misant sur la conduite économique, ainsi qu’à élaborer des conceptions des bâtiments énergétiquement efficaces (avec la STEG et le MEHAT).
De son côté, M. Asahiko Karashima, représentant de l’Agence internationale de la coopération japonaise, a mis l’accent sur le projet d’électrification rurale et d’alimentation en eau des milieux ruraux par énergie solaire.
Il a souligné que ce projet, qui nécessite un budget de l’ordre de 1.731 million de yen, regroupera plusieurs composantes, à savoir l’électrification de 500 ménages ruraux par des systèmes photovoltaïques, l’équipement de 63 puits par des systèmes de pompages et/ou de dessalement et l’assistance technique de l’ensemble de ces réalisations.



